Pourquoi l’activité physique durant les loisirs importe-t-elle peu?

Auteur : Sharma, A.

L’une des mesures les plus populaires en matière de santé publique pour combattre l’épidémie d’obésité consiste à promouvoir la pratique d’une activité physique pendant les loisirs – l’idée étant que pratiquer une activité physique en tant que loisir pourrait prévenir l’obésité et considérablement améliorer la santé de la population.

Il n’y a certes aucun doute qu’on puisse imaginer que tous les adeptes de course à pied et de mise en forme, que l’on peut régulièrement voir participer à des sports pour le plaisir, doivent avoir un effet notable sur la santé de la population générale, même si, en réalité, ils ne représentent qu’une très faible proportion de la population « à risque ». (J’ai déjà dit que si tous les marathoniens canadiens ne couraient plus jamais de marathons, on n’observerait probablement aucun effet discernable sur la santé de la population. Personne ne le remarquerait, à part peut-être les chirurgiens orthopédiques et les chiropraticiens.)

L’insignifiance de l’activité physique pratiquée dans le cadre de loisirs pour la santé de la population a été joliment démontrée dans une étude menée par Ilona Csizmadi et ses collègues du département de recherche sur la santé de la population des services de santé de l’Alberta, qui vient d’être publiée dans l’International Journal of Behavioural Nutrition and Physical Activity.

D’après leur analyse du nombre d’heures d’activité en fonction de domaines spécifiques et de l’énergie dépensée chez 15 591 participants de l’étude prospective Tomorrow Project, dans le cadre de laquelle une cohorte d’adultes a été suivie de 2001 à 2005 en Alberta, au Canada, la principale dépense d’énergie liée à l’activité chez toutes les femmes « très actives » et chez tous les hommes, sauf ceux classés comme « inactifs », provenait de leur activité professionnelle.

De plus, chez les hommes « inactifs » et les femmes « actives », « peu actives » ou « inactives », la dépense d’énergie découlant de tâches domestiques était comparable ou supérieure à celle découlant de l’activité professionnelle.

En effet, non seulement la dépense d’énergie liée aux loisirs diminuait-elle avec la baisse des niveaux d’activité physique, mais même chez les hommes et les femmes les plus actifs, elle représentait moins de 10 pour cent de la dépense d’énergie totale.

En outre, peut-être parce que l’Alberta est une des provinces canadiennes où les gens sont le plus dépendants de leur voiture, l’activité physique liée aux déplacements était négligeable dans toutes les catégories d’activité physique et de statut professionnel.

Si l’on considère que le verre est à moitié vide, on dirait que TOUTE augmentation de l’activité physique liée aux loisirs chez les Albertains se traduirait par une hausse relative considérable de l’activité physique de la population.

D’un autre côté, si l’on regarde ces résultats en considérant que le verre est à moitié plein, on pourrait penser que la vaste majorité des Albertains pratiqueront leur activité physique au travail, ou pas du tout.

La dernière explication a du sens, étant donné que nous avons développé la capacité à être physiquement actif principalement pour chasser, cueillir, se battre, s’échapper et se reproduire. L’idée selon laquelle une personne raisonnable se livrerait abondamment à une activité physique sans objectif précis (inutile) après la tendre enfance, lorsque le jeu (comme chez toutes les espèces) n’est en fait que la nature nous aidant à développer les compétences physiques nécessaires à la chasse, à la fuite et au combat, ou, à l’adolescence et au début de l’âge adulte, quand nos prouesses physiques augmentent nos chances de trouver le partenaire le plus désirable, est quelque chose que les adeptes d’éducation physique (et les gouvernements) souhaiterait être vrai, mais que la nature n’a pas inscrit dans nos gènes.

En effet, il semble que bien qu’une proportion infiniment faible de notre espèce maintiendra « volontairement » à l’âge adulte un niveau suffisant d’activité physique durant ses loisirs, la plupart d’entre nous nous reposerons simplement (et raisonnablement?) jusqu’à ce qu’il faille se remettre au travail ou à nos tâches ménagères.

Mes lecteurs les plus fidèles se souviendront peut-être que j’ai déjà décrit ce phénomène comme la « cinquième loi naturelle du gain de poids » : Ne pas bouger à moins que ce soit nécessaire.

C’est pourquoi je suis parfaitement d’accord avec les chercheurs qui ont conclu que : « Pour la portion inactive de cette population, il faut envisager d’intégrer aux routines quotidiennes des activités physiques non liées aux loisirs, en particulier dans les milieux professionnels et dans le cadre des déplacements, pour augmenter les niveaux d’activité dans l’ensemble de la population. Des changements au niveau de l’environnement et des politiques visant à promouvoir des moyens de transport actifs et des projets dans les lieux de travail pourraient augmenter la dépense énergétique quotidienne globale en réduisant les périodes prolongées en position assise. »

Il est naïf, au mieux, de croire que l’éducation ou des incitatifs fiscaux pourraient amener une portion suffisante de la population à pratiquer volontairement une quantité adéquate d’activité physique durant ses loisirs.

Quand Philippidès courut de Marathon à Athènes, il ne cherchait pas à ressentir l’euphorie du coureur ou à battre son record personnel. Il se dépêchait simplement d’aller annoncer la défaite des Perses à la capitale.

De la même façon, l’objectif original des Jeux olympiques n’était pas d’améliorer sa forme physique ou de prévenir les crises cardiaques, mais plutôt de démontrer des compétences physiques pertinentes pour la chasse, la lutte et la fuite (sans oublier que le fait de gagner des médailles ne devait pas nuire à la drague).

Oui, il existe bien une infime proportion de la population qui, étrangement, continue de pratiquer avec plaisir des activités physiques dans ses loisirs à l’âge adulte. La vaste majorité, cependant, préfère de loin passer ses temps libres à lire, à jouer un instrument de musique, à faire de l’artisanat, ou encore simplement à regarder des sports professionnels à la télévision, confortablement assis dans son fauteuil. C’est un comportement humain parfaitement raisonnable et normal.

La nature ne nous a pas créés pour passer avec joie des heures chaque jour sur des tapis roulants qui ne vont nulle part. Or, si vous devez courir pour rattraper votre autobus, vous accélérerez probablement le pas; si vous devez traverser la pièce (ou même monter un escalier) pour ramasser vos papiers à l’imprimante, vous vous lèverez sans doute pour aller les chercher.

C’est la différence entre l’activité physique « utile » et « inutile ». Vous devez pratiquer la première, mais pas la deuxième.

Il ne s’agit donc pas d’inciter plus de gens à être actifs durant leurs loisirs, mais plutôt de réintroduire l’activité physique dans les milieux de travail et de promouvoir des moyens de transport actifs. Cela pourrait se révéler un plus gros défi que d’obtenir que les gens mangent moins.

Pour en savoir davantage : http://www.drsharma.ca/obesitywhy-leisure-time-physical-activity-levels-are-irrelevant#sthash.c6CKCbxd.dpuf

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